07 février 2008
deficit de ce de france
pour faire plaisir à N C
C''est un record historique : le déficit commercial de la France a atteint 39,171 milliards d'euros en 2007, soit près de 11 milliards d'euros de plus que le chiffre, déjà sans précédent, enregistré en 2006 (28,238 milliards), selon les données brutes publiées, jeudi 7 février, par les Douanes. C'est la quatrième année consécutive que le solde des échanges commerciaux français est dans le rouge, le dernier petit excédent remontant à 2003 (+ 1,143 milliard). La contraction des échanges industriels a conduit, en décembre, à une légère réduction du déficit, qui est retombé à 4,279 milliards après le record de novembre (– 4,616 milliards).
Les années 2005 et 2007 avaient été marquées par une forte progression des échanges. Celle-ci a été "plus modérée" en 2007, souligne Bercy. Les exportations, qui se sont élevées à 400,169 milliards, n'ont progressé que de 3 % l'an dernier, après leur forte croissance de 2006 (+ 9 %). Ce ralentissement est plus net que celui des importations (439,340 milliards), dont la croissance s'est réduite à + 5,4 % après les + 9,9 % de 2006.
L'alourdissement de la facture de la facture énergétique a, bien sûr, pesé lourd dans cette détérioration du solde commercial français, puisqu'elle s'est établie à 45,2 milliards. Mais, comme le relève l'économiste Jean-Christophe Caffet (Natixis), la hausse des prix du pétrole est "loin de tout expliquer". "L'Allemagne, confrontée comme nous, à la flambée des prix de l'or noir affichait, en novembre, un excédent de 215 milliards d'euros sur les 12 derniers mois", a-t-il précisé au Monde.
Les chiffres des douanes confirment indirectement cette analyse. Ils montrent un ralentissement marqué des exportations de l'industrie civile (+ 2,4 %), qui s'explique principalement par le "déclin persistant" des ventes de l'automobile (+ 0,2 %), et la pause des ventes de biens d'équipement (+ 0,1 %). En revanche, hors énergie, la croissance des achats est restée soutenue, tant pour les produits agroalimentaires (+ 8,6 %) que pour l'industrie civile (+ 6,7 %), équipements mécaniques (+ 12 %) et automobile (+ 11 %).
"Le pétrole et l'euro ne sont pas les seuls responsables de la mauvaise passe du commerce extérieur français, soulignent les économistes Mathilde Lemoine et Pierre-Emmanuel Ferraton d'HSBC France dans une étude datée du 17 janvier 2008. "Le déficit hors énergie s'est particulièrement aggravé avec la zone euro et là, on ne peut incriminer ni l'un, ni l'autre".
D'après leurs calculs, le solde des échanges de produits manufacturés, qui affichait un excédent de 7,8 milliards en 2003, est devenu déficitaire à hauteur de près de 4 milliards d'euros en 2006. Cette dégradation s'est amplifiée en 2007, le solde des échanges de l'industrie civile s'établissant en cumulé sur les onze premiers mois de 2007 à – 15,6 milliards. Et c'est avec la zone euro, et en particulier avec l'Allemagne, que les échanges de produits manufacturés se sont le plus détériorés. "La faiblesse du secteur automobile explique 41 % de la détérioration des échanges commerciaux de l'industrie manufacturière française avec l'Allemagne et 43 % de la détérioration du solde commercial total de biens de la France avec l'Allemagne", soulignent les deux économistes d'USBC France.
Bien qu'elles aient modéré leurs prix à l'exportation, les entreprises françaises ont continué à perdre des parts de marché. Cela s'explique, pour l'essentiel, par la dégradation de la compétitivité hors prix des exportateurs français. Une situation que l'étude d'HSBC France impute au "manque d'innovation des entreprises manufacturières françaises".
"Bien entendu, écrit Alexander Law (Xerfi), le taux de change pénalise fortement les exportations françaises (…)". Mais l'euro ne doit pas masquer les faiblesses de l'industrie française". "La France est désormais lourdement et structurellement déficitaire. Mais on ne peut pas lutter à la fois pour l'augmentation des salaires (et donc du pouvoir d'achat) et pour une restauration de la compétitivité en suivant une recette à l'allemande (cure d'austérité, limitation de la consommation, etc.)", conclut-il, comme pour relancer le débat sur la nature de la politique économique suivie depuis plusieurs mois par le gouvernement.
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13 janvier 2008
l'euro heure de la réforme ?
Il est l'heure pour une réforme de l'euro, par Eric Le Boucher
LE MONDE | 12.01.08 | 13h46 • Mis à jour le 12.01.08 | 13h46
'euro trop cher ! L'euro inflationniste ! L'euro dans les mains des bureaucrates de Francfort ! L'euro incapable de booster la croissance ! Nicolas Sarkozy, qui aime commander à droite, à gauche, des rapports sur tous les sujets, ferait bien de lire celui de l'Institut Bruegel sur la monnaie unique. Il ne l'a pas demandé, mais il y trouvera, non pas de quoi alimenter son ire contre les insuffisances de la gouvernance économique européenne, mais de quoi la raisonner (Coming of Age : Report on the Euro Area). Entre les critiques formulées de façon violente souvent, publiques toujours, mais veuves de propositions de réformes, et les dévots des traités de Maastricht et d'Amsterdam, voilà une liste de modifications intelligentes, abordables et concrètes. Le président français devrait les faire siennes pour mettre du contenu dans ses vitupérations et celles de ses conseillers proches.
L'élargissement conduit à l'entrée dans la zone de pays dont le niveau économique est très lointain de celui des fondateurs. Mais pourtant on leur applique mécaniquement les règles d'hier, en matière d'inflation par exemple, en leur imposant des niveaux qu'ils sont incapables d'atteindre, sauf à tricher.
Surtout, il y a dix ans, l'euro devait poser les fondations sur lesquelles se construirait ensuite l'Europe fédérale. La monnaie était la première pierre d'un édifice économico-politique. Mais depuis, la construction s'est arrêtée, laissant béant le côté politique. L'Eurogroupe n'a ni ligne de conduite d'ensemble ni pouvoir sur les économies des pays membres. " Les politiques économique et monétaire de l'Union ne se réduisent (pourtant) pas à l'argent", déplore Jean-Claude Juncker, le président de cet Eurogroupe.
Vingt ans après le document de Jacques Delors, qui posait le principe de l'Union monétaire, les architectes sont toujours divisés en trois, explique Bruegel : les partisans d'une Union minimale, qui s'en tiennent à l'indépendance de la Banque centrale, à la discipline budgétaire et au bon fonctionnement de la concurrence ; ceux qui veulent plus de coordination entre les gouvernements des pays membres ; et ceux qui plaident toujours pour une union politique fédérale.
C'est l'indécision du combat de ces trois lignes qui paralyse l'Europe et qui, tout en n'empêchant pas la machine de fonctionner correctement, nourrit l'insatisfaction permanente de tous les passagers. Qui surtout ne permet pas de tirer le meilleur parti économique de l'euro. La monnaie unique a beaucoup d'effets positifs (par exemple de permettre à de nombreux pays, comme la France, d'accumuler les déficits ou d'amortir les effets de la crise financière), mais elle ne suffit pas à dynamiser les quinze membres, chacun tirant la couverture à lui.
Il est temps de clarifier, avance Bruegel. La conjoncture devient moins porteuse que sur la période 1999-2007, où les deux moteurs américain et chinois étaient en phase. Les Etats-Unis ralentissent aujourd'hui fortement, et toutes les autres régions, dont l'Europe, en subiront les conséquences.
D'autre part, la réunification de la famille européenne autour du mini-traité crée un bon climat. Il devrait être possible d'avancer des propositions de réformes.
Bruegel en offre de trois sortes. Sur le plan monétaire, d'abord, la BCE devrait clairement adopter un ciblage de l'inflation (c'est-à-dire abandonner toute référence au monétarisme hérité de la Deutsche Bundesbank). Et ce choix devrait bien entendu être soutenu par l'Eurogroupe. Par ailleurs, la représentation des pays européens au FMI devrait être consolidée en la personne du président de l'Eurogroupe qui deviendrait "M. Euro", le représentant extérieur de l'Union. Du coup, il serait demandé une discipline aux gouvernements, qui n'auraient plus le droit de parler, par exemple, du niveau euro-dollar.
Sur le plan budgétaire ensuite, Bruegel estime que l'attention de Bruxelles doit être portée sur la dette (sa progression) mais qu'en échange les pays devraient obtenir plus d'autonomie par rapport aux stricts critères de déficits budgétaires. Sur le plan des réformes structurelles enfin, et c'est le sujet principal : le président de l'Eurogroupe devrait pouvoir intervenir pour les définir et les promouvoir dans chacun des pays. Le budget européen devrait les financer.
L'avantage de ces changements est qu'ils ne demandent que peu de modifications institutionnelles. Pas besoin d'un nouveau traité, heureusement. Mais une ligne est tracée, qui permet d'avancer dans la résolution de la quadrature du cercle : plus de coordination, mais en même temps plus d'autonomie.
Eric Le Boucher
11 janvier 2008
un point d'actualité important : les accords paronat syndicats sur la réforme du marché du travail
Les partenaires sociaux finalisent un projet d'accord pour réformer le marché du travail
LEMONDE.FR avec AFP et Reuters | 11.01.08 | 20h19 • Mis à jour le 11.01.08 | 20h32
es négociations marathon sur la réforme du marché du travail, en cours depuis trois jours au siège du Medef à Paris, devaient s'achever vendredi 11 janvier au soir. Après de nouvelles concessions des organisations patronales, les partenaires sociaux sont parvenus à finaliser le projet d'accord destiné à concilier flexibilité pour les entreprises et sécurité pour les salariés.
Dans les "points positifs" énoncés par la CGT se trouvent le versement d'une prime aux demandeurs d'emploi de moins de 25 ans, "mais ce n'est pas une allocation, et elle ne concerne pas les primo-demandeurs d'emploi". Il sera également possible pour les salariés devenus chômeurs de conserver le bénéfice de la couverture complémentaire santé/prévoyance, mais pendant seulement un tiers du temps de leurs droits à l'indemnisation chômage.
"PLUS DE DANGERS QUE DE POINTS POSITIFS"
En revanche, selon la CGT, le document n'évoluera pas sur les points les plus conflictuels comme la période d'essai, la rupture conventionnelle des contrats et le contrat de projet. Le patronat n'a pas accepté de modifier le mode de validation des ruptures de CDI "à l'amiable" qui seront donc homologuées par la direction départementale du travail. L'absence de réponse au bout de quinze jours vaudra acceptation. Les syndicats (CGT, CFDT, FO, CFTC, CFE-CGC) souhaitaient, eux, une validation par le conseil des prud'hommes.
"La partie patronale a enfin bougé car les organisations syndicales ont su peser ensemble jusqu'au bout", a dit Maryse Dumas à la presse. Elle a cependant jugé que le texte est "déséquilibré", favorisant la flexibilité au détriment de la sécurisation des parcours. "Il y a dans cet accord plus de dangers que de points positifs et je crois pouvoir dire que la délégation CGT proposera aux organisations CGT de ne pas signer cet accord", a-t-elle ajouté.
Cette négociation, débutée en septembre et concernant 18 millions de salariés du secteur privé, doit déboucher sur un projet de loi qui, en cas d'accord, reprendra son contenu et en cas d'échec, relèvera de la responsabilité du gouvernement. Les autres syndicats et les organisations patronales ne s'étaient pas exprimés dans l'immédiat
02 juin 2007
la croissance en question
un tres long document que regroupe les articles du Monde parus le 30 mai 07 le développement durable ..la croissance en question Développement_durable_et_décroissance_le_Monde__30mai_07
bonne lecture ..des pronostics encore tombés voir article suivant sur pondichery !!!
25 octobre 2006
la croissance par l'innovation
un article d'eric le Boucher paru dans l'edition du Monde du 23 octobre sur l'importance de la croissance par l'innovation ce_qu_il_faut_faire_eric_le_boucher_23octobre06
23 novembre 2005
les paroles du rap par par Laurent Mucchielli
Le rap et l’image de la société française
chez les « jeunes des cités »
Laurent Mucchielli
Article paru dans Questions pénales (Bulletin d’information du CESDIP),
1999, XI-3, pp. 1-4.
La délinquance juvénile est l'occasion d'un débat public intense depuis quelques mois. L'attention se concentre surtout sur les adolescents des quartiers réputés difficiles où l'on constaterait une délinquance et une violence de plus en plus systématiques de la part d'individus ou de bandes de plus en plus précoces. Au CESDIP, ce phénomène a fait l'objet de travaux précisant notamment les limites de sa mesure statistique 1 ou bien observant in situ les pratiques délinquantes et plus largement les « conduites à risque » 2. Nous avons voulu compléter ces recherches en nous interrogeant sur les représentations de la société française parmi les jeunes de ces quartiers relégués, à travers ce qui constitue depuis une dizaine d’années leur plus important support d'expression : le Rap.
Les groupes de Rap comme porte-parole de leurs quartiers
Le Rap est aujourd'hui un phénomène social, culturel, médiatique et commercial de grande ampleur 3. A titre indicatif, selon la dernière enquête du ministère de la Culture (réalisée en 1997), il est écouté par 28% des 15-19 ans et cette écoute n'est plus réductible aux milieux populaires et aux jeunes les moins diplômés 4. En effet, depuis les succès de MC Solaar et d’IAM, le phénomène a débordé la jeunesse des quartiers relégués dont la quasi totalité des premiers rappeurs était issue (très majoritairement en banlieue parisienne). Aujourd'hui, producteurs, consommateurs et diffuseurs de Rap distinguent couramment au moins deux tendances : le Rap « Hardcore » et le Rap « Cool ». Seul le premier continue à incarner pour ses producteurs comme pour la plupart de ses auditeurs la dimension critique de l'ordre social qui contribua fortement à fonder ce courant musical en France à la fin des années 80 5. Aujourd’hui encore, c'est celui qui est le plus écouté et pris en modèle parmi la jeunesse des quartiers relégués 6. Ce lien très étroit entre les groupes et leur public explique que les rappeurs se conçoivent eux-mêmes comme des porte-parole de leur milieu social : des « haut-parleurs » (NTM), des « journalistes » et des « sentinelles » (IAM). Quant à Démocrates D, leur premier disque s'intitule « La voie du peuple » (1995). Représenter (sa famille, sa bande, son quartier, sa banlieue, les opprimés), témoigner (des réalités de la vie quotidienne et de la révolte des jeunes dans les cités) et susciter une prise de conscience : tels sont les visées explicites des rappeurs.
C'est donc sur ce Rap « hardcore » qu'a porté notre enquête, à travers principalement l'analyse d'un corpus de plus de 200 chansons écrites par dix groupes tout au long de la décennie qui s'achève. Nous résumons ici les thèmes communs dégagés par l'analyse de contenu, sans entrer dans les différences perceptibles d’un groupe à l’autre.
Une société corrompue par l'argent
Les rappeurs ne se lamentent pas contre un monde dont ils ne comprendraient pas les logiques. Ils en proposent au contraire une vision d'ensemble d'où se dégage une révolte contre des sociétés injustes, racistes et corrompues par l'argent. Ainsi NTM déclare-t-il de façon générale :
« Tout s'achète tout se vend / Même les gouvernements /
Prêts à baisser leur froc / Pour une question d'argent /
Avec une veste réversible / Suivant le temps / Apparemment l'armement /
Passe largement avant / La condition de vie de chacun /
Le monde est plein de bombes / Qui creuseront nos tombes /
Maintenant tu sais à quoi sert le fric / Qui à lui seul pourrait stopper la famine en Afrique. » (« L'argent pourrit les gens », 1991).
Deux mondes incarnent plus que les autres cette domination perverse de l'argent : la télévision et la politique. La première est perçue comme un univers commercial où paradent des vedettes artificielles. « Trop d'infidèles sans talent, le piston en avant / Malheureusement pour eux, ils marchent le cul devant / Systématiquement automatiquement purement et simplement / Manipulés par le vent, par l'odeur de l'argent, jamais je ne mens / Tu le sens, je le sens, et pourtant ainsi va la vie / Ainsi vont les faux-semblants. » (Suprême NTM, « Sur 24 pistes (remix) », 1993.). La seconde est perçue comme un monde dominé par la corruption et suscite un rejet d'autant plus virulent que les hommes politiques sont censés détenir le pouvoir de changer les choses.
« La corruption est une arme à ne pas négliger /
Si tu veux réussir en politique / Sache que l'arnaque est une "technique"
Une tactique illicite / Qui profite toujours aux mêmes, aux piliers du système. » (ibid.)
Des sentiments primordiaux d'injustice et de domination
L'analyse des textes conduit à insister ensuite sur la dimension primordiale que prend la dénonciation de l'injustice, de la domination et de l'oppression. Selon Bachmann et Le Guennec, « l'univers symbolique des banlieues donne à lire un partage manichéen : les pauvres tristes et humiliés contre les riches puissants et enviés. D'un côté le péril social et la honte. De l'autre, ceux qui ont tout, la richesse et le succès » 7. Ce jugement entérine une évidence massive pour les rappeurs. Précisons que l'injustice et la domination prennent deux dimensions dont ils conçoivent la liaison : la pauvreté matérielle et la condition d'enfant d'immigrés.
La pauvreté matérielle se mesure dans le contraste entre leurs familles et celles d'autres habitants du même pays, de la même ville, parfois du quartier voisin. L'égalité des chances est un mensonge de la société moderne :
« Pourquoi fortune et infortune, pourquoi suis-je né /
Les poches vides, pourquoi les siennes sont-elles pleines de thune /
Pourquoi j'ai vu mon père en cyclo partir travailler / Juste avant le sien en trois pièces gris et BMW » (IAM, « Nés sous la même étoile », 1997).
« Tout a commencé sûrement / Le jour où je suis né /
Le jour où je n'ai pas croisé la bonne fée /
Qui aurait fait de moi / Ce que je ne suis pas /
Ceux qu'il m'arrive d'envier parfois / Ceux que la vie a doté d'une chance. » (NTM, « J'appuie sur la gâchette », 1993).
Mais l'injustice qui frappe le pauvre ne tient pas à la fatalité. Derrière les injustices matérielles se cache pour les rappeurs un système de ségrégation sociale qui vise spécifiquement les jeunes issus de l'immigration :
« Toujours les mêmes qui gagnent, toujours les mêmes qui perdent […]
La France organise un complot contre les étrangers /
Tout est fait pour que nous basculions, tout est prémédité /
De l’école de l’exclusion aux premières orientations bidons /
Des faux boulots aux conseils de négriers en manque de main d’œuvre pour la nation / Pose pas de question : c’est du mécanisme » (Rocca, « Sous un grand ciel gris », 1997).
Et ce double sentiment de discrimination atteint naturellement son paroxysme dans les rapports avec la police.
L'oppression policière et l'iniquité de la justice
Le rôle des interventions (a fortiori des bavures) policières dans le déclenchement des « émeutes urbaines » est bien connu. Mais avant tout c'est la banalité quotidienne du contrôle policier qui exacerbe la conscience meurtrie des jeunes. Nombre de chansons décrivent avec réalisme ces contrôles d'identité assortis de fouilles au corps qui sont vécus comme des humiliations répétées par les jeunes (cf. par ex. NTM, « Police », 1993 ; et KDD, « Aspect suspect », 1998). Dans « En dehors des lois » (1997), Rocca raconte le contrôle, l'arrestation et la garde à vue vécus une nuit avec un petit groupe de copains parce que certains détenaient du haschich (il est important de savoir que, pour les jeunes, le haschich est un produit absolument banal, qui diffère par nature de la véritable « drogue » dans laquelle « tombent » les faibles au prix d'une déchéance) 8. Il rapporte les menaces et les insultes racistes subies 9, et en conclut à l'iniquité du système.
Symbole de leur domination, catalyseur de leur « haine », la police est globalement perçue comme l'oppresseur absolu qui serait en droit de tuer en toute impunité. Le groupe Assassin fait ainsi référence au jeune Beur tué par deux « voltigeurs » lors des manifestations d’étudiants à Paris en 1986. Il évoque aussi l'homme Noir passé à tabac en pleine rue par plusieurs policiers dont l’acquittement fut à l’origine du déclenchement des émeutes de Los Angelès en 1992 :
« On ne veut pas finir comme Malek Oussekine [...]
Bing, bang, la police est comme un gang /
L'État assassine, à deux doigts Rodney King /
Bing, bang, paix à toutes ses victimes ! » (« L'État assassine », 1995).
Le même groupe dénonce alors logiquement une justice inique qui charge les jeunes auteurs de violences, censure les groupes de Rap (c'est l'« affaire NTM »), mais remet les auteurs de bavures policières en liberté et ne sanctionne guère la corruption des hommes politiques. Au delà de la question du racisme, c'est alors une justice de classe que les rappeurs accusent.
« Le justice juge sur des critères bien définis /
80% des prisonniers sont ouvriers, chômeurs ou sans logis » (Assassin, ).
Ou encore : « Les voleurs de voitures ne sont pas les plus grosses pourritures », « Les vraies crapules ont leur tête en première page des journaux » (KDD, « Zone rouge », 1998).
On comprend dès lors comment les éléments s'articulent pour former, dans les représentations des rappeurs, un système logique : l'ordre social injuste et raciste est entretenu par les hommes politiques et protégé par la police et la justice. A côté d'un tel système, les politiques de la ville font pâle figure, quand elles ne sont pas considérées comme des cautions au maintien de cette logique :
« Loin des réalités, la politique élargie /
Bien trop occupée à s'occuper des sans papiers /
De plus que peut-elle faire, frères / On ne peut pas faire du social / Et faire des affaires /
Les murs de la cité sont repeints / Histoire de faire bien. [...] /
On calme les têtes avec des terrains de basket / Je pense que les mairies ont vraiment besoin de lunettes » (KDD, « Galaxy de glaces », 1998).
Une vision pessimiste des banlieues
Si le monde extérieur est perçu comme celui des privilégiés qui s'efforcent de maintenir les jeunes pauvres et d'origine immigrée à l'écart, la vie des cités n'est nullement encensée par les rappeurs. Le quotidien y est dominé par des rapports de force.
« Lendemain ? C'est pas le problème, on vit au jour le jour /
On n'a pas le temps ou on perd de l'argent, les autres le prennent /
Demain, c'est loin, on est pas pressé, au fur et à mesure /
On avance en surveillant nos fesses pour parler au futur /
Futur, le futur ne changera pas grand-chose, les générations prochaines /
Seront pires que nous, leur vie sera plus morose /
Notre avenir, c'est la minute d'après le but, anticiper /
Prévenir avant de se faire clouer » (IAM, « Demain c'est loin », 1997).
Les jeunes vivent dans un univers d'inter-connaissance stigmatisé où les relations sociales sont notamment régulées par des logiques d'honneur et de réputation 10. Ceux-ci se conquièrent par une réussite mesurée avant tout par la possession de biens matériels prestigieux et par la facilité à séduire les filles 11. Et comment obtenir rapidement de l'argent dans un monde pauvre et sans travail ? Les jeunes se tournent logiquement vers le petit trafic de drogue :
« Tenter le diable pour sortir de la galère, t'as gagné frère /
Mais c'est toujours la misère pour ce qui pousse derrière /
Pousse pousser au milieu d'un champ de béton /
Grandir dans un parking et voir les grands faire rentrer les ronds /
La pauvreté, ça fait gamberger en deux temps trois mouvements /
On coupe, on compresse, on découpe, on emballe, on vend /
A tour de bras, on fait rentrer l'argent du crack /
Ouais, c'est ça la vie, et parle pas de RMI ici » (ibid.).
La menace d'une incarcération ne peut enrayer l'engrenage de la petite délinquance. Au contraire, le jeune qui a fait un peu de prison devient vite une célébrité locale, crainte et respectée : « Arrêté, poisseux au départ, chanceux à la sortie / On prend trois mois, le bruit court, la réputation grandit / Les barreaux font plus peur, c'est la routine, vulgaire épine ». Et c'est contre cette routine que les rappeurs s'élèvent également.
En effet, on oublie souvent qu'ils ne cessent d'inciter leurs semblables à se rebeller aussi d'une toute autre manière, en sauvant leur dignité : « La monnaie a une clarté / Qui aveugle mes frères / Dealant la mort au coin des rues / Se charcutant pour un blouson / Hé mec ! De cette façon / Le pognon ne fera pas l'ampleur de ta condition » écrivent par exemple NTM (« L'argent pourrit les gens », 1991). « Des fois tue ta télé, change ton quotidien / Rentre dans un musée ou lis un bouquin / L'odyssée de la vie n'est pas un film au cinéma / Si tu ne t'éduques pas, tu resteras en bas ! » ajoutent Assassin (« L'odyssée suit son cours », 1995). Mais ils disent aussi rapidement qu'il s'agit là de voeux pieux tant l'espoir d'un avenir meilleur paraît vain.
Un sentiment d'abandon général
Dès leur premier album, en 1991, les jeunes rappeurs de Suprême NTM disent clairement les raisons de leur violence. Celle-ci découle du malaise général, du sentiment d'être abandonné à son triste sort par le reste de la société :
« Et si cela est comme ça / C'est que depuis trop longtemps, les gens tournent le dos / Aux problèmes cruciaux, aux problèmes sociaux / [...]
Est-ce bien ceci Liberté, Égalité, Fraternité ? J'en ai bien peur ! [...]
Oh oui, c'est triste à dire, mais tu n'as pas compris / Pourquoi les jeunes de mon quartier vivent dans cet état d'esprit /
La délinquance avance, et tout ceci a un sens / Car la violence coule dans les veines de celui qui a la haine » (« Le monde de demain », 1991).
Quatre ans plus tard, culminent leur colère et leur désespoir face à l'inertie. La chanson intitulée « Qu'est-ce qu'on attend [pour foutre le feu ?] » (1995) exprime le premier sentiment :
« Les années passent, pourtant tout est toujours à sa place [...]
Combien de temps tout ceci va encore durer / [...]
Mais vous savez que ça va finir mal, tout ça / La guerre des mondes vous l'avez voulue, la voilà. [...]
De toute une jeunesse, vous avez brûlé les ailes / Brisé les rêves, tari la sève de l'espérance. / Oh, quand j'y pense / Il est temps qu'on y pense, il est temps que la France / Daigne prendre conscience de toutes ces offenses / Fasse de ces hontes des leçons à bon compte /
Mais quand bien même, la coupe est pleine / L'histoire enseigne, nos chances sont vaines ».
Derrière la violence se cache en réalité le désespoir qu'illustre dramatiquement la chanson intitulée « J'appuie sur la gâchette » (1993). Contrairement à ce qui fut parfois écrit dans la presse, cette chanson n'est pas un appel au meurtre mais une évocation du suicide : « J'ai les neurones affectés et le cœur infecté / Fatigué de lutter, de devoir supporter la fatalité / Et le poids d'une vie de raté ».
Conclusion : toute violence a un sens
L'appel à la violence est le trait sans doute le plus connu des textes de Rap hardcore, il a souvent fait la joie des médias. Certes les rappeurs ont souvent copieusement insulté et menacé la police (cf. « Nique la Police » de NTM et « Sacrifice de poulets » de Ministère AMER). On sait que ces propos ont valu à ces deux groupes des démêlés judiciaires. Pourtant, à y regarder de plus près, cette violence n'a rien de gratuit. Quel est son sens ? C’est la question primordiale qui est posée au chercheur et qui doit intéresser tout acteur confronté au phénomène. Deux remarques peuvent être faites pour commencer à y répondre.
Tout d’abord, les cibles de cette violence présentent une certain spécificité. Nous avons vu que les récriminations des rappeurs concernent les hommes politiques, la police, la justice, mais jamais les chefs d'entreprise. De même, ils dénoncent le pouvoir de l'argent en tant que facteur de corruption et non comme instrument d'une domination socio-économique dans une société capitaliste. En somme, on pourrait dire qu'il s'agit de générations de jeunes des milieux populaires qui ne risquent pas d’être aliénés par le travail dans la mesure où ils vivent largement en dehors du monde du travail et du rapport salarial. Et parmi les multiples conséquences de cette situation, il y a le fait que les institutions publiques demeurent les seuls interlocuteurs face auxquelles les jeunes des cités peuvent défendre leur identité blessée, crier leur détresse et leur colère.
Ensuite, il apparaît que cette violence (seulement verbale, rappelons-le) est en réalité un exutoire et une réaction de défense qui découlent d'une vision du monde très négative, construite autour de leur expérience de la vie ainsi qu'à travers la télévision. Fondée sur des réalités objectives (la pauvreté des familles, la dureté et la violence de la vie quotidienne, les faibles chances de promotion sociale, la ségrégation spatiale de la cité par rapport au centre, le racisme d'une large partie de la population française, la pression humiliante des contrôles de police, les sanctions judiciaires parfois disproportionnées, au regard notamment du traitement des « bavures » policières), cette vision du monde est aussi et peut-être surtout ordonnée par un sentiment d'injustice tellement fort qu'il tend souvent à nourrir un imaginaire du complot. Tandis que Rocca parle d’un « complot » contre les enfants d’immigrés qui s’organise dès l’école (op.cit.), les jeunes de KDD, originaires du quartier Le Mirail à Toulouse concluent :
« Qu’on deale et qu’on casse des gueules, c’est ce qu’ils veulent /
Broyer notre image pour faire de nous des sauvages /
Après justifie le fait qu’ils nous mettent dans des cages » (« La rhala », 1998).
Ce constat souligne l'ampleur du fossé qui s'est creusé entre une partie de la jeunesse et le reste de la société. Il indique aussi l’échec prévisible de toute politique publique qui ne saura pas restaurer avec ces jeunes le dialogue et la confiance.
1. B. Aubusson de Cavarlay, La place des mineurs dans la délinquance enregistrée, Cahiers de la sécurité intérieure, 1997, 29, p. 17-38.
2. M. Esterle-Hedibel, La bande, le risque, l'accident, L'Harmattan, 1997.
3. Cf. la synthèse de M. Boucher, Rap, expression des lascars, L'Harmattan, 1998.
4. O. Donnat, Les pratiques culturelles des Français, La Documentation française, 1998, p. 160.
5. Sur l'histoire du Rap et plus largement de la culture Hip Hop, cf. D. Dufresne, Yo ! Révolution Rap, Ramsay, 1991 ; H. Bazin, La culture hip hop, Desclée de Brouwer, 1995 ; J.-L. Bocquet et P. Pierre-Adolphe, Rap ta France, Flammarion, 1997.
6. J.-R. Desverité, A.-M. Green, Le rap comme pratique et moteur d'une trajectoire sociale, in A.-M. Green, éd., Des jeunes et des musiques. Rock, rap, techno..., L'Harmattan, 1997, p. 186-87.
7. C. Bachmann, N. Le Guennec, Violences urbaines. Ascension et chute des classes moyennes à travers cinquante ans de politique de la ville, Albin Michel, 1996, p. 355.
8. cf. par ex. Sens Unik, « Le film de ta propre vie », 1991 ; Rocca, « Garçon », 1997.
9. Sur le racisme dans le comportement et les représentations des policiers, cf. M. Wievorka, La France raciste, Seuil, 1992, p. 219-276 ; D. Monjardet, La culture professionnelle des policiers, Revue française de sociologie, 1994, 3, p. 393-411 ; R. Lévy, R. Zauberman, La police française et les minorités visibles : les contradictions de l’idéal républicain, in Y. Cartuyvels, F. Digneffe, A. Pirès, Ph. Robert, éds., Politique, police et justice au bord du futur, L’Harmattan, 1998, p. 287-300.
10. cf. C. Calogirou, Sauver son honneur. Rapports sociaux en milieu urbain, L’Harmattan, 1989 ; D. Lepoutre, Cœur de banlieue. Codes, rites et langages, Odile Jacon, 1997.
11. De là une utilisation de la femme, comme symbole ostentatoire de la puissance et de la réussite masculines, qui se retrouve dans les textes de certains groupes et dans les mises en scène de leurs chansons (à travers les « clips » vidéos). Le phénomène est cependant minoritaire dans le Rap français.
17 octobre 2005
chronologie de la vente et du conflit de la sncm septembre 05
retrouver en lien dans le Monde cette chronologie
là http://www.lemonde.fr/web/module_chrono/0,11-0@2-3234,32-697627@51-640912,0.html
02 octobre 2005
un article dans le figaro
Un texte du Figaro utilisable dans le chapitre sur le progrès technique:
Plus de 11% de la population allemande était au chômage en septembre, contre environ 5% aux Etats-Unis. Derrière les chiffres de l'emploi publiés hier se dresse l'impressionnant décalage de conjoncture entre l'Europe et la première puissance économique du monde. Un phénomène qui n'a fait que s'amplifier au fil du temps : entre 1980 et 2000 la croissance américaine a dépassé celle de l'Europe de 0,9% par an en moyenne. Le différentiel a atteint 1,4% entre 1992 et 2005. Pour le Vieux Continent, la facture est salée. Cette croissance manquée depuis vingt ans a coûté à la zone euro l'équivalent du produit intérieur brut (PIB) de la France et de l'Italie, chiffrent les spécialistes, justifiant au passage le taux de chômage structurellement élevé de la région.
«Si cet écart se maintient, à l'horizon d'une génération, un nouvel ordre économique sera dessiné», avertit Christophe Donay, stratégiste de la maison de titres Kepler Equities : d'ici à 2035, le PIB chinois aura devancé celui de l'Europe sur l'échiquier de la richesse mondiale. L'inquiétude monte chez les économistes car la source du mal a beau être identifiée – le retard d'investissement productif accumulé par l'Europe depuis quinze ans – les moyens mis en oeuvre pour l'éradiquer portent trop peu de fruits.
Encore dynamique au cours des années 70, période marquée par des gains de productivité supérieurs à ceux des Etats-Unis, le Vieux Continent a mal vécu les débuts de la mondialisation. A l'époque, au début des années 90, la réunification allemande coûte cher à toute la région. Elle s'accompagne d'une monnaie forte et de taux d'intérêt élevés qui provoquent, notamment, une crise immobilière en France. L'investissement cale au point que si la révolution des technologies de l'information déferle outre-Atlantique, elle n'atteint que tardivement l'Europe (en 1998). Et encore ! La bulle Internet est invisible sur la courbe désespérément plate des investissements européens.
Alors que la biotechnologie, les nanotechnologies et le secteur de l'énergie stimulent depuis deux ans déjà les projets de recherche américains, «l'Europe est en train de rater un deuxième cycle d'investissement qui s'amorce aux États-Unis», s'inquiète Christophe Donay. En Allemagne, le volume des investissements atteint tout juste son niveau de 1995 ! Ses voisins sont à peine mieux lotis...
Or, même les dirigeants européens n'ignorent plus que dans les économies matures, la dynamique économique vient de l'offre plus que de la demande. C'est très clair dans le développement du téléphone mobile ou d'Internet par exemple. L'innovation est devenue essentielle pour la croissance. Dès l'an 2000, les Européens se donc sont fixé à Lisbonne l'objectif de consacrer 3% de leur PIB à la recherche-développement en 2010. Les Quinze sont aujourd'hui à peine à 2%, contre 2,7% aux Etats-Unis. «Sur la base des projections actuelles, nous n'atteindrons que 2,6% dans cinq ans», s'inquiétait au printemps dernier le commissaire européen à la Science et à la Recherche Janez Potocnik.
En 2004, les Américains ont déposé 634 brevets par million d'habitants, contre 161 en Europe.
Parmi les dix plus grands éditeurs mondiaux de logiciels, neuf sont américains. L'Union européenne affiche aussi un important déficit commercial en produits de haute technologie : 23 milliards d'euros au début des années 2000, contre un excédent de 39 milliards pour le Japon...
Tant que la zone euro n'innovera pas suffisamment, sa productivité et son potentiel de croissance resteront faibles. Outre les efforts que Bruxelles tente de déployer, elle a besoin de «financiers de l'investissement» capables d'accompagner des projets de long terme. Les Européens épargnent beaucoup mais cette épargne est trop souvent gaspillée dans le financement des dépenses courantes des Etats.
Quant aux entreprises, elles profitent de bas taux d'intérêt et leur trésorerie est aujourd'hui pléthorique, mais la faiblesse de la consommation européenne les pousse à chercher à l'étranger des projets d'investissement plus rentables.
Pourtant, une chose est sûre : l'Europe n'est pas moins capable que les Etats-Unis de créer des emplois, et donc de la demande. Les études empiriques démontrent que 1 point de croissance de l'investissement génère dans les deux régions la création de 0,2% d'emplois supplémentaires (0,17% au Royaume-Uni).
Muriel Motte, « Dans la course à la croissance, le manque d'investissement pénalise l'Europe », 30 septembre 2005, Le Figaro
01 octobre 2005
des articles du monde sur les nouvelles technologies
En lien avec le chapitre à venir sur "capital progres technique et croissance" une suite d'articles parus dans le Monde et relatifs à la révolution inernet
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Il y a cinq ans, le Nasdaq, l'indice de la Bourse américaine qui regroupe les valeurs technologiques, commençait sa dégringolade. Il allait entraîner dans sa chute la nouvelle économie, dont beaucoup d'analystes expliquaient, au plus fort de l'euphorie boursière à la fin des années 1990, qu'elle n'était pas seulement en train de chasser l'"ancienne économie", mais qu'elle contribuait aussi à bouleverser en profondeur les mécanismes de l'économie mondiale. Qu'il s'agisse de l'inflation, de la production, de la consommation, des politiques monétaires, des cycles économiques, de l'organisation du marché du travail. Si aujourd'hui, après l'éclatement de la bulle Internet, il ne subsiste plus grand-chose de la nouvelle économie en tant que phénomène financier et boursier, si l'on excepte l'émergence de quelques nouveaux fleurons de la Netéconomie, qu'en est-il de son impact sur l'économie réelle ? Cette période annoncée comme la "troisième révolution industrielle" n'aura-t-elle été qu'un mirage ? Ce n'est pas l'avis des économistes qui expliquent que les technologies de l'information et de la communication (TIC) ont joué un rôle décisif dans les gains de productivité observés dans les pays industrialisés au cours des dernières années, notamment aux Etats-Unis, et que le phénomène est appelé à durer. Les trois piliers de la nouvelle économie l'informatique, l'électronique et les télécommunications furent longtemps victimes du paradoxe de Solow, cet économiste américain qui écrivait en 1987 : "On voit les ordinateurs partout, sauf dans les statistiques". En d'autres termes, il était impossible de mesurer l'apport réel de l'informatisation sur la croissance économique et de façon plus spécifique sur la productivité du travail. Dès la fin des années 1990, le paradoxe de Solow fut levé. Les statisticiens s'accordèrent pour dire que les nouvelles technologies en premier lieu le secteur informatique apportaient environ 1 point de croissance supplémentaire chaque année à l'économie américaine. Ils calculèrent que les gains de productivité étaient passé, toujours aux Etats-Unis, d'un rythme de 1,5 % par an entre 1990 et 1995 à 2,5 % par an de 1996 à 2000. Après avoir enfin pu mesurer l'impact de la nouvelle économie sur la croissance réelle, les économistes au premier rang desquels Robert Gordon émirent alors une importante réserve, en expliquant que le progrès technique restait cantonné aux secteurs de pointe. De façon plus précise, à la fin des années 1990, la contribution de l'industrie informatique représentait à elle seule environ la moitié de la croissance de la productivité totale. EFFETS POSITIFS Les experts soulignent toutefois que cette donnée a changé au cours des dernières années, au moins aux Etats-Unis, et qu'aujourd'hui les bienfaits des TIC se font ressentir bien au-delà du seul secteur... des TIC ! Autrement dit, la nouvelle économie diffuse maintenant ses effets positifs, notamment en matière de productivité, dans l'ancienne économie. "Les nouvelles technologies se sont diffusées aux Etats-Unis en dehors de l'industrie des biens durables et des secteurs technologiques eux-mêmes, pour accroître la productivité de beaucoup d'autres secteurs, la distribution en particulier", note Patrick Artus, économiste chez Ixis-CIB. Après avoir été l'apanage d'entreprises comme Microsoft ou Dell, les importants gains de productivité que connaît actuellement l'économie américaine semblent davantage liés, désormais, à l'apport des TIC dans des entreprises classiques, comme le géant du commerce de détail Wal-Mart. Le rôle-clé joué par les nouvelles technologies en matière de hausse de la productivité a de nombreuses conséquences. L'une d'elles est d'avoir permis, au moins jusqu'à présent, d'atténuer les tensions inflationnistes liées à la hausse des matières premières. Mais la principale est d'expliquer le retard de croissance dont souffre l'Europe, et notamment la France, par rapport aux Etats-Unis depuis une dizaine d'années. La productivité n'a ainsi augmenté en France, au cours de la période 1995-2002, que de 0,88 point, soit trois fois moins qu'aux Etats-Unis, la part des TIC y représentant seulement 0,46 point, contre 1,19 point aux Etats-Unis. "Le retard européen, et particulièrement français, dans la production et la diffusion des TIC est très pénalisant", notait l'économiste Gilbert Cette, dans le rapport "Productivité et croissance" publié en 2004 par le Conseil d'analyse économique (CAE). De nombreuses raisons ont été avancées pour expliquer un tel retard : une qualification moyenne de la main-d'oeuvre moins élevée en Europe qu'aux Etats-Unis ; une rigidité de la réglementation des marchés des biens et du travail sur le Vieux Continent mal adaptée à des entreprises productrices de TIC en mutation rapide ; un coût d'accès à Internet plus faible outre-Atlantique. Il reste, au-delà de ces hypothèses, un constat : les piètres performances économiques des pays de la zone euro semblent s'expliquer pour une large part par la moindre place qu'y occupe la nouvelle économie, dont beaucoup disaient pourtant qu'elle était morte et enterrée. Un nouveau paradoxe... Pierre-Antoine Delhommais Article paru dans l'édition du 05.04.05 Dix ans après, Internet continue sa révolution
E 9 AOÛT 1995, l'entrée en Bourse de Netscape, société de logiciels de la Silicon Valley, marquait le début de la révolution Internet dans l'économie mondiale. Dix ans plus tard, malgré l'explosion de la bulle spéculative en 2000, la "nouvelle économie" est une réalité. L'utilisation massive de la technologie d'Internet, à laquelle près d'un milliard d'individus ont aujourd'hui accès sur la planète, a profondément modifié la vie des gens et bouleversé le fonctionnement des entreprises. De la multitude de start-up nées aux Etats-Unis et ailleurs, seules quatre survivantes figurent parmi les cent cinquante premières capitalisations américaines : Google, eBay, Yahoo! et Amazon. Mais, symbole de la nouvelle économie, le commerce en ligne reste l'une des grandes avancées économiques de la révolution du cyberespace. Article paru dans l'édition du 19.08.05 Il y a dix ans, Internet commençait à changer le monde
Le 9 août 1995, le navigateur Netscape s'introduisait au Nasdaq, la Bourse des valeurs technologiques américaines. Cette PME de la Silicon Valley avait seize mois d'existence, ses ventes totalisaient à peine 25 millions de dollars et elle perdait de l'argent. Pourtant l'action, proposée à 14 dollars, a plus que doublé le jour même (29 dollars), accordant à la société une capitalisation boursière de 2 milliards. Son logiciel de surf ouvrait une nouvelle ère : il permettait au grand public, et non aux seuls initiés de l'informatique, d'accéder aux merveilles du World Wide Web. Cette entrée en fanfare donna le coup d'envoi d'une euphorie autour de l'Internet, dont on prédisait qu'il allait révolutionner les modes de vie et créer une nouvelle économie. En Bourse, cette "exubérance irrationnelle", selon l'expression du président de la Réserve fédérale américaine, Alan Greenspan, s'est traduite par une multiplication par près de cinq de la valeur du Nasdaq entre 1995 et son pic en mars 2000 : des sociétés Internet naissantes, fondées par des étudiants dans des garages, qui dépensaient l'argent de leur capitaux-risqueurs avant d'avoir concrétisé la moindre vente, voyaient leurs valorisations boursières dépasser celles des géants de l'industrie. Toutes ces illusions se sont envolées avec l'éclatement de la bulle spéculative : le Nasdaq n'est plus qu'à 40 % du niveau qu'il atteignait il y a cinq ans. La plupart des valeurs ". com" ont été rachetées ou liquidées. Aujourd'hui, aux Etats-Unis, seules quatre survivantes 100 % Internet figurent au nombre des 150 premières capitalisations américaines : le moteur de recherche Google (30e), le site d'enchères eBay (50e), le portail Yahoo! (65e) et le cybermarchand Amazon (145e) ; en Asie, seulement une cyberentreprise appartient à ce club (le fonds Softbank, notamment actionnaire de Yahoo!) et aucune en Europe, même si de petites cyberentreprises grandissent régulièrement (comme le montrent, en France, les succès de Rueducommerce, Priceminister, Meilleurtaux, auFeminin ou Meetic). Certes, le secteur connaît encore des poussées de fièvre : Google a vu son action s'envoler de 240 % depuis son introduction en Bourse le 19 août 2004 ; son homologue chinois Baidu, lui, a vu son titre quintupler le jour de son entrée au Nasdaq, le 5 août. Cependant, ces entreprises justifient désormais leur valeur selon les critères classiques de Wall Street : forte croissance mais surtout solide rentabilité. Leurs résultats prouvent la validité de certains cybermodèles économiques. Le business sur Internet est devenu une affaire sérieuse dans nombre de secteurs. Aux Etats-Unis, plus de 20 % des achats de voyages se font électroniquement, le commerce en ligne représente plus de 6 % de l'ensemble des ventes au détail, la e-publicité pèse pour plus de 4 % des dépenses publicitaires totales. Et la part de l'Internet croît de 20 % à 40 % chaque année. LES AUTRES MÉDIAS MENACÉS Sur certains marchés, la rupture technologique est même brutale, déstabilisant les acteurs en place. L'exemple le plus frappant est certainement celui de l'industrie de la musique. Les grands du secteur souffrent d'un déclin des ventes de disques (20 % depuis 2000) alors que, depuis le succès du site Napster, des millions de chansons sont téléchargées gratuitement via des réseaux décentralisés (peer-to-peer) d'échange de fichiers (Kazaa, eMule, BitTorrent...). Les studios de cinéma commencent à subir le même détournement de leur activité. Plus de 60 % des capacités du réseau Internet mondial seraient ainsi mobilisées par le téléchargement de contenus (musique, films, jeux vidéo, logiciels...). Plus diffuse mais non moins réelle est la menace que fait peser le média Internet sur la presse, la télévision et la radio. Non seulement, il leur arrache de la publicité mais il les concurrence de manière frontale, ébranlant même leur légitimité. Mais ceux qui ont le plus de souci à se faire sont certainement les grands opérateurs de télécommunications. D'ici cinq ans, les experts estiment que jusqu'à un tiers de leurs recettes issues de la téléphonie fixe vont fondre avec l'avènement de la téléphonie sur Internet (IP), qui casse la tarification à la durée et à la distance, rendant modique le prix des appels. Les opérateurs ont vu le danger : en Europe, les grands (Deutsche Telekom, France Télécom, Telecom Italia et Telefonica) ont ainsi, en un an, racheté leur filiale d'accès Internet et multiplient les investissements pour avancer sur la convergence entre fixe, mobile et Internet. Ce n'est là que la face visible de la "nouvelle économie". L'usage de la Toile s'est propagé dans toutes les entreprises (logistique, gestion des stocks, achats, distribution, service-client). Les économistes estiment ainsi que les Etats-Unis doivent chaque année un point de leur croissance aux gains de productivité apportés par la diffusion des technologies de l'information et de la communication. En dix ans, Internet n'a pas seulement marqué l'économie, il a aussi envahi la vie quotidienne de millions de gens au moins dans les pays développés. Ses trois pouvoirs l'ubiquité, la variété et l'interactivité rendent son potentiel d'usages quasi infini. Sur Internet, on peut certes comparer les prix des locations de vacances, acheter son frigo, vendre sa voiture d'occasion et payer ses impôts mais aussi se faire expliquer un itinéraire routier, lire le mode d'emploi de fabrication d'une bombe ou comparer les articles de la presse internationale, partager sa passion pour les hameçons anciens ou jouer au poker avec un internaute aux antipodes, trouver un ancien copain de classe ou un nouvel amoureux, discuter des prix du pétrole ou des frasques de Paris Hilton, montrer les photos de ses enfants à sa famille, télécharger un tube de Madonna ou la Constitution européenne, livrer ses réflexions et sa vie intime... Que peut réserver de plus la décennie à venir ? Le développement du Web a été l'un des plus rapides de l'histoire des technologies (avec la téléphonie mobile) : le cap du milliard d'internautes devrait être passé cette année. Mais les perspectives de croissance restent énormes dans les pays émergents (notamment en Chine et en Inde). Et l'arrivée à l'âge adulte des jeunes générations, rompues à l'utilisation du Web, devrait encore y contribuer. Si l'accès à haut débit représente une première étape dans l'accélération de l'usage du Net, la deuxième étape, son accès depuis les appareils mobiles, le rendra définitivement omniprésent. Gaëlle Macke
Jean de Chambure, expert en veille technologique "Internet a bien donné plus de pouvoir à chaque individu" LE MONDE | 18.08.05 | 13h04 • Mis à jour le 18.08.05 | 13h45 Jean de Chambure est responsable éditorial de l'Atelier, une structure de BNP Paribas qui effectue depuis quinze ans de la veille sur les technologies de l'information et de la communication. Internet grand public a dix ans. Est-on sorti de la phase des fantasmes et des désillusions ? La puissante euphorie collective de la fin des années 1990 autour des perspectives de l'Internet serait un bon sujet d'étude pour les historiens. Y aurait-il un phénomène millénariste ? En l'an 1000 proliféraient les scénarios catastrophistes sur l'avenir de la planète ; en l'an 2000 se sont développées des prédictions positivistes tout aussi passionnées sur un futur high-tech enchanteur. Par ailleurs, alors que la génération des jeunes des années 1970 s'exprimait dans la contestation politique, ses enfants a vu avec l'Internet l'opportunité de bousculer l'ordre économique : au lieu que le peuple renverse le gouvernement, les mini-entreprises agiles allaient détrôner les grands groupes. Il y avait dans l'Internet une idéologie libertaire, où tout était gratuit, et les cyberentreprises se souciaient plus d'innover que de gagner de l'argent. Internet n'a-t-il pas perdu un peu de la magie de ses débuts ? Certes, le business sur Internet est devenu une activité économique importante et le mythe du tout gratuit a vécu. Cependant, l'Internet a bien donné plus de pouvoir à chaque individu : chacun peut être aussi bien informé qu'un journaliste, commercer à l'autre bout du monde comme une multinationale, partager ses fichiers avec ceux de millions d'autres pour constituer une banque de données géante... Son pouvoir de rassemblement a créé des formes de travail collectif, voire de troc et d'entraide : la plus connue est la confrérie des programmeurs de logiciels libres autour de Linux, qui fait trembler Microsoft. Sur eBay, des gens achètent des objets à des inconnus avec pour seule garantie les évaluations en ligne des précédents acheteurs sur la fiabilité du vendeur. Des milliers d'experts sur tel ou tel sujet écrivent bénévolement les 200 millions d'articles de l'encyclopédie en ligne multilingues et gratuite Wikipedia. Quel est le principal impact sociétal d'Internet ? On craignait qu'Internet maintienne les gens derrière leur ordinateur : ils travailleraient en ligne, consommeraient en ligne, passeraient tous leurs loisirs en ligne. Mais Internet est un formidable moyen de communication. Le courriel reste le premier usage de la Toile. Messagerie instantanée, forums de discussion, sites de communauté et de rencontres, blogs : en fait nos sociétés modernes ont une soif d'expression, d'information. La diversité, l'accessibilité des contenus, auquel chacun peut contribuer, est une grande richesse. Mais attention au nivellement. Le principal problème du Net, qui explique l'importance prise par les moteurs de recherches, reste le tri, la hiérarchisation, la pertinence de ces milliards de pages Web. Propos recueillis par Gaëlle Macke Article paru dans l'édition du 19.08.05 La "nouvelle économie" existe bel et bien LE MONDE | 18.08.05 | 13h04 • Mis à jour le 18.08.05 | 13h04 NEW YORK de notre correspondant L'expression "nouvelle économie", popularisée par le magazine Business Week en 1996, évoque aujourd'hui plutôt les excès de la bulle spéculative de la fin du XXe siècle et les promesses illusoires de prospérité pour tous et de croissance sans fin. La frénésie d'enrichissement et la naïveté sont parties en fumée, mais pas les bouleversements nés de la mise en réseau planétaire des consommateurs, des producteurs et des distributeurs. Dans son best-seller publié au début de l'année aux Etats-Unis The World is Flat ("Le monde est plat"), le journaliste et écrivain Thomas Friedman prend la mesure de l'impact des technologies de l'information. Il annonce la troisième phase de l'économie monde. La première, remonterait àla découverte de l'Amérique en 1492. Elle est marquée par l'expansion européenne et par la "mondialisation des Etats". La deuxième, de 1800 à 2000, se caractérise par la "mondialisation des entreprises", la naissance et l'apogée des multinationales. La troisième étape vient de commencer. Il s'agit de la "mondialisation des individus. Ils peuvent collaborer comme jamais et sont en c ompéti tion sur toute la planète. Le moteur n'est plus le muscle ni les machines, mais les logiciels et le réseau mondial de fibres optiques". Pierre Omidyar, fondateur de la maison d'enchères en ligne eBay, fait une analyse similaire. "Nous assistons à un transfert de pouvoir fondamental, dit-il. Partout, les gens se rassemblent en utilisant Internet et changent les activités dans lesquelles ils sont impliqués." Il y a à peine dix ans, il fallait téléphoner à sa banque pour connaître l'état de son compte, timbrer une enveloppe pour envoyer du courrier et lire son quotidien ou regarder la télévision pour connaître les résultats des matches de football etles prévisions météorologiques. Aujourd'hui, selon une étude du Pew Internet & American Life Project, deux Américains sur trois font cela bien plus vite en ligne. Ils étaient 58 millions en décembre 2004 à envoyer au moins un courriel par jour et 35 millions à avoir fait de l'Internet leur principale source d'information. Quelque 2 milliards de recherches sont effectuées chaque mois via Google ; dans le même temps, le site de son concurrent Yahoo! est consulté par 345 millions de personnes. Près de 1 milliard d'êtres humains ont accès au réseau. La partie émergée de l'iceberg de la nouvelle économie est le commerce en ligne. Deux entreprises, eBay et Amazon, ont fait de l'Internet une part grandissante du commerce mondial. Les ventes en ligne aux Etats-Unis ont atteint, en 2004, 6,5 % du chiffre d'affaires du commerce de détail. Selon Forrester Research, ce taux pourrait atteindre 13 % en 2010. La communauté des utilisateurs d'eBay dans le monde représente 157 millions d'individus, dont 500 000 aux Etats-Unis en ont fait leur principale activité professionnelle. La valeur des enchères sur eBay devrait atteindre 45 milliards de dollars (36,6 milliards d'euros) cette année. Sur un modèle de commerce plus classique, Amazon compte 41 millions de clients dans sept pays. La musique en ligne et le piratage ont explosé, mettant à mal les maisons de disques. Légal et payant, l'Apple Music Store a vendu plus de 500 millions de chansons en deux ans. Dans le domaine de l'information, Internet menace la suprématie et l'avenir des médias traditionnels, notamment écrits. UNE NÉCESSITÉ La partie la moins visible des transformations, celles qui affectent le fonctionnement des entreprises, leur organisation, leurs stratégies, est sans doute la plus lourde de conséquences. Les sociétés peuvent aujourd'hui à la fois s'adresser au monde et s'adapter localement à chaque marché. La concurrence en est décuplée. La capacité à recueillir, à traiter et à exploiter l'information, à travailler en réseau, à servir de manière personnalisée ses clients, tout en tirant parti des avantages d'une production à grande échelle, devient une nécessité pour rester compétitif. L'utilisation de supports électroniques pour les échanges d'information entre fournisseurs, sous-traitants, clients, prestataires de services et organismes financiers s'est généralisée. Cela se traduit par une accélération sans précédent des gains de productivité. Entre les années 1970 et 1990, la productivité du travail aux Etats-Unis a augmenté en moyenne de 1,4 % par an. A partir de 1995, elle s'est accrue de 2,5 %, et de 4 % depuis 2001. Le centre de recherche du MIT (Massachusetts Institute of Technology) sur la nouvelle économie souligne les stratégies très différentes d'entreprises. Certaines se contentent de supprimer certaines tâches. D'autres, celles qui réussissent le mieux, changent totalement leur organisation et donnent les informations et les responsabilités nécessaires aux salariés pour qu'ils puissent à tout moment reprendre le contrôle. La preuve de la foi retrouvée dans la nouvelle économie se trouve dans le retour des utopies. Dans son numéro d'août consacré aux "Dix ans qui ont changé le monde", le magazine Wired constate avec satisfaction que "moins de la moitié du Web est commercial, le reste fonctionne avec la passion". Il prend pour exemple le phénomène des blogs, dont 50 millions "sont apparus presque instantanément et n'ont aucune logique économique". Yochai Benkler, professeur à l'université Yale, spécialiste de l'économie des réseaux, estime que la collaboration en ligne crée un nouveau mode de production différent de la relation traditionnelle entre les entreprises et le marché. Il prend pour exemple les logiciels libres, le partage de données en ligne et les millions d'appréciations portées par les consommateurs et accessibles sur les sites. "Le rôle économique du comportement social devient plus important", souligne-t-il. Eric Leser Article paru dans l'édition du 19.08.05
Article paru dans l'édition du 19.08.05
LE MONDE | 18.08.05 | 13h04 • Mis à jour le 18.08.05 | 13h46
LE MONDE ECONOMIE | 08.04.05 | 18h32 • Mis à jour le 08.04.05 | 18h32
Les technologies de l'information dopent la productivité
LE MONDE | 18.08.05 | 12h33



